L’historique « Winter Egg » – l’une des œuvres joaillières les plus extraordinaires et les plus précieuses au monde – sera mis aux enchères le 2 décembre 2025.
Les œufs Fabergé fascinent collectionneurs, historiens et amateurs de luxe depuis plus d’un siècle. Pourtant, aucun n’éveille autant de fascination que le Winter Egg, ou « Œuf d’Hiver ». Un joyau à la réputation presque mythique. Offert en 1913 par le tsar Nicolas II à sa mère, la tsarine Maria Feodorovna. Aujourd’hui, cet objet spectaculaire, considéré comme l’une des œuvres les plus raffinées et emblématiques de toute l’histoire de Fabergé, sera de nouveau mis aux enchères. C’est pourquoi Christie’s à Londres annonce un événement déjà qualifié de l’un des moments les plus marquants du marché de l’art en 2025.
« Winter Egg » Fabergé. L’élégance capturée dans la glace
À première vue, Winter Egg ressemble à un fragment de rêve hivernal matérialisé. Sa surface est ornée de motifs « givrants » finement travaillés, si réalistes qu’ils semblent recouverts de véritable glace. L’ensemble repose sur un socle évoquant un stalactite arraché à la Neva gelée, comme tout juste extrait du paysage glacé de Saint-Pétersbourg.

Cet effet a été obtenu grâce à l’utilisation du quartz. Entre les mains des maîtres de Fabergé, ce matériau s’est transformé en une coque transparente imitant la glace. Sa surface est ornée de flocons de neige en platine sertis de plus de 4 000 diamants. C’est pourquoi l’œuf ressemble à un bloc de glace scintillant au soleil. Ici, il n’y a pas de luxe pour le luxe. La pierre précieuse est donc entièrement soumise à la vision artistique.
Le secret caché au cœur de l’œuf
La véritable admiration pour le Winter Egg ne naît qu’une fois qu’il est ouvert. À l’intérieur se trouve un minuscule panier en platine, suspendant un bouquet d’anémones. Le maître joaillier a sculpté les pétales dans du quartz blanc. Les tiges en or sont ornées de diamants, tandis que les feuilles sont réalisées en néphrite. Ce n’est pas seulement un chef-d’œuvre de joaillerie. C’est une métaphore poétique de la fin de l’hiver, de la dissipation des ténèbres et de l’avènement d’une nouvelle vie.
Pour Maria Feodorovna, c’était un cadeau d’une importance exceptionnelle. Un hommage rendu par son fils à l’occasion du tricentenaire de la dynastie Romanov.
Une créatrice qui a osé penser autrement
L’auteure du projet était Alma Theresia Pihl, l’une des rares femmes de l’histoire de Fabergé à avoir joué un rôle aussi important dans le processus créatif. Elle n’était pas joaillière de formation. Elle a commencé comme copiste d’aquarelles. Pourtant, son talent, son regard neuf et son audace créative ont transformé le langage esthétique de Fabergé. L’œuf d’Hiver fut son premier grand triomphe, ainsi que la preuve que la perfection peut naître de l’observation d’un phénomène ordinaire: le givre du matin sur une vitre.
Du symbole de l’empire au trophée des collectionneurs
Le destin du Winter Egg reflète l’histoire dramatique de la Russie. Après la révolution bolchevique, ce trésor — avec d’autres joyaux impériaux — fut placé dans des entrepôts d’État, puis vendu à l’Occident dans une tentative désespérée d’obtenir des devises. Au fil des décennies, l’œuf changea plusieurs fois de propriétaire, atteignant à chaque fois des prix record lors des ventes aux enchères. En 1994 et 2002, il a établi des records mondiaux pour les œuvres de Fabergé.
Aujourd’hui, alors qu’il ne reste que 43 des 50 œufs impériaux dans le monde, chaque apparition d’un tel objet sur le marché constitue un événement historique. Le Winter Egg, avec son histoire, sa symbolique et son savoir-faire inégalé, demeure pour de nombreux collectionneurs le Saint Graal. C’est pourquoi la prochaine vente aux enchères suscite autant d’émotions.
Une vente aux enchères qui pourrait entrer dans l’histoire
Christie’s présentera le Winter Egg lors d’une session spéciale intitulée The Winter Egg and Important Works by Fabergé from a Princely Collection, accessible au public à partir du 27 novembre. La vente principale aura lieu le 2 décembre 2025 à Londres. L’estimation n’est communiquée que « sur demande ». Cela constitue en soi la promesse d’un record spectaculaire.
Le marché de l’art s’attend à un montant qui pourrait dépasser la plupart des ventes aux enchères de bijoux organisées jusqu’à présent. Par ailleurs, l’intérêt des collectionneurs d’Europe, du Moyen-Orient et d’Asie est déjà immense.
Symbole d’espoir datant de 112 ans
Winter Egg n’est pas seulement un bijou. C’est une histoire sur la puissance d’un empire. Sur l’art qui a su capturer un instant dans la poussière cristalline de l’hiver. Sur l’espoir fragile qui éclot même dans les moments les plus difficiles. Le dernier cadeau heureux des Romanov est devenu en même temps leur épitaphe. Voilà pourquoi il demeure l’un des plus beaux souvenirs d’un monde qui n’existe plus.

