Paris se prépare pour l’une des ventes aux enchères d’art ancien et moderne les plus importantes de l’année. Le 22 octobre, Sotheby’s Paris accueillera la vente de la collection Jeanne Schlumberger – un ensemble exceptionnel d’œuvres impressionnistes et modernistes, resté hors du circuit public pendant des décennies. Au centre de l’événement se trouvera le monumental « Iris » de Claude Monet, estimé entre 22 et 30 millions d’euros. Selon Sotheby’s, la valeur totale de la collection est estimée à plus de 40 millions d’euros, tandis que d’autres sources évoquent une fourchette allant jusqu’à 40–60 millions d’euros.
La vente aux enchères de la collection de Jeanne Schlumberger à Paris sera un événement particulier également en raison de la date. Monet est décédé en 1926, et la vente de cette année a lieu exactement au centenaire de sa mort. Les enchères débuteront le 22 octobre à 18h00 CEST, tandis que la possibilité de soumettre des offres en ligne sera ouverte dès le 15 octobre. Le catalogue comprend 26 lots actifs, dont des œuvres de Monet, Paul Cézanne, Pierre Bonnard, Gustave Moreau, Chaïm Soutine, Camille Claudel et Eugène Delacroix.
Vente aux enchères de la collection Jeanne Schlumberger à Paris. Un Monet qui pourrait entrer dans l’histoire
La plus grande vedette de la soirée est « Iris » des années 1924–1925. Cette toile monumentale mesure 159,6 sur 180 cm. Elle appartient à la période tardive de la création de Monet à Giverny. L’estimation s’élève à 22–30 millions d’euros. Sotheby’s qualifie l’œuvre de tableau le plus important de cette série jamais proposé aux enchères. De plus, le tableau a conservé une provenance exceptionnelle: après la mort de l’artiste, il est passé à son fils Michel, puis à la galerie Katia Granoff, et ensuite à la collection Schlumberger.

C’est précisément la provenance qui constitue l’un des arguments les plus forts de cette vente. « Iris » n’a pas fait l’objet d’échanges intensifs sur le marché pendant des décennies. Il est resté entre les mains de propriétaires successifs directement liés à l’histoire de la création de Monet. L’état de conservation du tableau est tout aussi important. Selon Sotheby’s, la toile n’a pas été doublée ni recouverte de vernis, ce qui lui a permis de conserver sa surface picturale d’origine.
Un record sera-t-il battu? Il est impossible de le prédire aujourd’hui. L’estimation de 30 millions d’euros représente la limite supérieure du prix attendu, et non une garantie de résultat. Sotheby’s a cependant des raisons d’espérer un intérêt exceptionnel. Le marché de Monet connaît une nette croissance ces dernières années. Par ailleurs, les collectionneurs recherchent particulièrement des œuvres de la période tardive. À cette époque, le peintre s’éloignait de plus en plus du langage traditionnel de l’impressionnisme pour adopter une approche presque abstraite de la couleur et de l’espace.
Quatre tableaux de Monet
La vente aux enchères de la collection de Jeanne Schlumberger à Paris ne repose cependant pas sur un seul chef-d’œuvre. Le catalogue comprend pas moins de quatre tableaux de Monet. Outre « Iris », on y trouve « Saule pleureur ou L’Arbre de feu » des années 1918–1919, estimé entre 9 et 12 millions d’euros, « La maison à travers les roses » avec une estimation de 2 à 3 millions d’euros, ainsi que « La Seine à Vernon, l’arbre » estimé entre 1,2 et 1,8 million d’euros.

Particulièrement intéressant est le « Saule pleureur ». Le tableau fait partie d’une série de représentations de saules pleureurs du jardin de Giverny. Il date d’une période où la peinture de Monet évolue. Elle devient de plus en plus gestuelle et expressive. Les deux toiles les plus chères: « Iris » et « Saule pleureur » – sont passées de l’atelier de l’artiste à son fils Michel. Ensuite, elles sont passées par la galerie Katia Granoff avant d’arriver chez Schlumberger.
Qui était Jeanne Schlumberger?
Derrière la collection se trouvait Jeanne Schlumberger (1889–1983), veuve de Marcel Schlumberger, représentante de l’une des plus importantes familles industrielles françaises. Les Schlumberger ont bâti leur fortune dans le secteur des technologies liées à la prospection et à l’extraction du pétrole. Quant à Jeanne, elle menait un mode de vie bien plus discret que celui de nombreux collectionneurs de l’époque.
Pendant plus de quatre décennies, elle a patiemment constitué une collection d’art. Sa partenaire la plus importante fut la galeriste Katia Granoff, qui a joué un rôle essentiel dans la redécouverte de la valeur des œuvres tardives de Monet. À une époque où certains critiques considéraient les tableaux tardifs de l’artiste comme trop indéfinis et attribués à des problèmes de vue, Granoff et Schlumberger y ont perçu les prémices de la modernité. Aujourd’hui, un tournant s’est opéré. C’est précisément cette période de Monet qui est particulièrement prisée par les collectionneurs.
Cézanne, Bonnard et Soutine
Monet n’est pas la seule raison pour laquelle la vente aux enchères parisienne attire l’attention des musées et des plus grands collectionneurs. Le catalogue comprend trois œuvres de Paul Cézanne. Parmi elles, « La Ferme » estimée entre 600 000 et 800 000 euros, ainsi que « Ciel entre les arbres » et « Arbres au bord de la rivière », chacune estimée entre 400 000 et 600 000 euros. On y trouve également deux tableaux de Pierre Bonnard – « La cueillette des prunes » pour 600 000 à 800 000 euros et « Portrait de femme (Mme Alexandre Natanson) » pour 100 000 à 150 000 euros.

La collection est complétée, entre autres, par trois œuvres de Gustave Moreau, deux de Chaïm Soutine, l’œuvre de Camille Claudel « La Valse, petit modèle », une peinture de Kees van Dongen ainsi que des œuvres d’Honoré Daumier, Eugène Delacroix et Eugène Boudin. On perçoit ainsi un récit construit de manière réfléchie: de l’impressionnisme et du postimpressionnisme, en passant par le symbolisme, jusqu’à l’art du XXe siècle.
Paris, capitale du marché de l’impressionnisme
La vente aux enchères de la collection de Jeanne Schlumberger à Paris aura lieu lors d’une saison exceptionnellement forte. Sotheby’s et Christie’s s’affronteront le même jour avec deux collections historiques. Christie’s présentera la collection de Paul Durand-Ruel, l’un des marchands les plus importants de l’histoire de l’impressionnisme. Son estimation totale s’élève à 30–43 millions d’euros.
De cette manière, le mois d’octobre parisien devient une rencontre symbolique de deux histoires différentes du marché de l’art. Durand-Ruel incarne le galeriste qui a contribué à créer le marché de l’impressionnisme. Quant à Schlumberger, elle représente la collectionneuse qui a cru très tôt en la période tardive de Monet et dans la direction moderne de la peinture française.
« Iris » battra-t-il un record? Nous connaîtrons la réponse le soir du 22 octobre. Il est cependant déjà certain que la vente aux enchères de la collection de Jeanne Schlumberger à Paris sera l’un des événements majeurs du marché de l’art cette année. Non seulement en raison des estimations à plusieurs millions, mais surtout parce qu’une collection constituée pendant plus de quarante ans par une femme dont l’intuition a devancé son époque fait son retour sur le marché.

